Municipales : la nuit parisienne au cœur du débat politique

Publié : 15h37 par Jean-Baptiste Blandin

La Rotonde Stalingrad
La Rotonde Stalingrad
Crédit : Quentin Fessart

À l’approche des municipales, la nuit parisienne s’invite dans le débat politique. Hier soir, le syndicat Culture Nuit organisait à la Rotonde Stalingrad une rencontre réunissant les principaux candidats à la mairie de Paris pour échanger autour d’un sujet longtemps considéré comme secondaire : la fête et la vie nocturne.

« Paris est une fête », écrivait Ernest Hemingway dans son livre Paris est une fête. Capitale mondiale réputée pour la richesse de son patrimoine et de ses musées, la ville s’impose désormais aussi comme une place forte de la scène nocturne européenne. Longtemps éclipsée par Londres ou Berlin, elle revendique aujourd’hui la qualité et la diversité de ses clubs et lieux festifs.

Mais comment préserver ce nouveau statut de capitale européenne de la fête, tout en respectant la tranquillité des riverains et en garantissant la sécurité des noctambules ? C’était tout l’enjeu de cette rencontre, qui réunissait Pierre-Yves Bournazel (100% Paris), Sophia Chikirou (Nouveau Paris Populaire), Sylvain Maillard, représentant Rachida Dati (Changer Paris), et Emmanuel Grégoire (Paris est à vous).

 

Pierre-Yves Bournazel : liberté, encadrement et métro 24h/24 le week-end

Pour le candidat centriste, Paris doit rester « la ville de la liberté, de l’expression et de l’émancipation ». Il plaide pour un développement de la vie nocturne qui ne se fasse pas au détriment des riverains.

Il propose l’organisation d’« États généraux de la nuit 2 », adossés à un conseil scientifique afin de disposer de données précises sur les usages, les nuisances et les retombées économiques.

Sur la sécurité, il défend des contrôles réguliers pour garantir le respect des normes dans les établissements.

Concernant les violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS), il avance une mesure forte : la présence d’un policier municipal dans chaque rame de métro, soit environ 500 agents par soir, toute la semaine.

Côté mobilité, il propose l’ouverture du métro 24h/24 sur les lignes automatisées dans un premier temps le week-end. Il évoque également le développement du logement étudiant ainsi que la protection des librairies et cinémas indépendants, considérés comme des piliers de la vie culturelle nocturne.

 

Sophia Chikirou : la nuit comme « bien commun »

Pour la candidate LFI, la nuit doit être pensée comme « un bien commun ». Elle insiste sur la nécessité de lutter contre la privatisation croissante des espaces festifs et culturels.

Son programme prévoit l’ouverture de salles municipales dans chaque quartier, la création de « maisons de la nuit » autogérées et le développement de lieux culturels en auto-gestion. L’objectif : garantir l’inclusion et permettre l’accès à la culture et à la fête  pour tous.

Elle propose de porter le budget culture de la Ville de 2,4 % à 3 % afin de limiter l’influence des grands groupes privés, citant notamment Live Nation. Pour elle, le « Nouveau Paris Populaire » doit lutter contre les inégalités et les exclusions, y compris dans la fête.

 

Changer Paris : sécurité et équilibre

Représentant Rachida Dati, le candidat LR a défendu une ligne axée sur « l’équilibre entre la vie nocturne et la vie citoyenne ».

La priorité est donnée à la sécurité : augmentation du nombre de policiers municipaux jusqu’à 5 000 agents, déploiement accru de caméras de surveillance et renforcement de l’éclairage public.

Sur les VHSS, il assure vouloir poursuivre les dispositifs existants afin d'aider les malades à sortir de l'addiction. 

Concernant la culture, le camp Dati évoque un soutien financier aux acteurs du « Club Culture » et annonce un audit du budget culturel, actuellement fixé à 2,4 %, avant toute augmentation. L’ouverture du métro la nuit ne fait pas consensus dans cette équipe, un projet jugé irréalisable financièrement.

 

Emmanuel Grégoire : faire de Paris « la plus belle ville nocturne du monde »

La représentant du PS affiche une ambition claire : faire de Paris « la plus belle ville nocturne du monde ».

Il défend une politique de réduction des risques en matière de drogues et souhaite poursuivre le soutien aux associations de prévention. Sur les VHSS, il propose davantage de policiers municipaux et un renforcement de l’éclairage public.

Le budget culture, aujourd’hui à 2,4 % (environ 260 millions d’euros), pourrait augmenter d’environ 10 %, soit une vingtaine de millions d’euros supplémentaires par an.

Côté mobilité, il soutient l’ouverture du métro la nuit dans le cadre du Grand Paris Express, le week-end dans un premier temps et étendre toute la semaine pour le Grand Paris si cela est réalisable.

Il souhaite également créer des lieux de convivialité à bas coût dans chaque arrondissement, soutenir les festivals et développer des clubs dans le Grand Paris pour affirmer Paris comme référence culturelle et nocturne internationale.


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