Taxe sur le streaming : ils sont pour, ils sont contre

27 juin 2023 à 13h31 par Christophe HUBERT

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Crédit : @John Tekeridis / Pexels

Taxe sur le streaming : ils sont pour, ils sont contre

Il y a quelques jours, en marge de la Fête de la Musique, le Président de la République a fait une annonce choc : le gouvernement fera voter, à la rentrée prochaine, une taxe sur les plateformes de streaming musical, si les acteurs de la filière musicale échouent à se mettre d’accord.

D’accord sur quoi ? Sur le financement d’un système d’aides à la création musicale. L’idée d’Emmanuel Macron est de pousser les acteurs à trouver des ressources nouvelles, notamment pour financer le Centre National de la Musique (CNM) guichet principal des aides pour l’industrie musicale. Tout comme le CNC permet de financer des films, le CNM est là pour soutenir la diversité.

En finançant mieux le CNM (il s'agit de lever 40 millions d'euros), on l’aiderait à mieux protéger les labels indépendants, à mieux exporter les artistes tricolores. En somme, on soutiendrait la filière musicale française.

Sauf que, l’idée d’une taxe – en l’occurrence d’1,75% - divise profondément la filière musicale…

ILS SONT CONTRE

Evidemment, les plateformes comme Spotify et Deezer sont vent debout contre une taxe qui les frapperaient directement. D’autant que si les utilisateurs se comptent en milliards, ces plateformes ne sont pas rentables. Spotify par exemple a connu, en 2022, des pertes estimées à 430 millions d'euros. Surtout, les plateformes estiment reverser suffisamment d’argent aux artistes et aux ayants droits.

Les majors aussi sont contre – Universal Music, Warner Music –, elles seraient les premières à pâtir d’une taxe, regroupant 60 à 70% du marché musical. Ces géants du disque avancent un argument : la sortie du tunnel du marché musical – après des années de descente aux enfers – qu'ils estiment encore récente et qui ne doit pas être fragilisée. Une taxe viendrait, selon ces acteurs, freiner une croissance retrouvée sur un modèle encore bien jeune et instable.

Derniers concernés, certains labels indépendants qui tirent leur épingle du jeu dans le système actuel et qui ne veulent pas voir une taxe rabattre les cartes.

 

ILS SONT POUR

La plupart des labels indépendants du pays plébiscitent cette taxe sur les plateformes de streaming qui viendrait abonder le CNM. Une manière pour ces acteurs, de bénéficier de plus d’aides – à l’export notamment – ce qui serait une réelle opportunité pour de nombreux artistes.

Ces indépendants qui y voient une façon de renforcer toutes ces structures, ni petites ni grosses, de taille intermédiaire, mais qui sont déjà très présentes sur le marché de la musique en France : Wagram, Because, Believe notamment.

Des acteurs qui estiment enfin que le système très pyramidal de rémunérations des artistes favorisent gros artistes et gros labels, au détriment par exemple, des scènes émergentes ou dites, de niche.
Rajoutons pour finir qu'aujourd'hui, le Centre National de la Musique est presque exclusivement financé par une taxe... sur les billetteries de concerts et festivals, beaucoup pensent qu'une scène française solidaire suppose que tous les acteurs contribuent et donc, les plateformes.

ET POUR VOUS ?

Chacun se fera son opinion sur l’opportunité d’une taxe, sur la nécessité de soutenir les indépendants ou au contraire, sur l’impératif de laisser le marché musical tel qu’il est, à savoir en pleine croissance.

Sachez juste que pour le consommateur que vous êtes, l’arrivée d’une taxe ne sera pas vraiment un sujet, on parle de 15 à 17 centimes d’euros sur un abonnement, si toutefois les plateformes reportaient la taxe sur leurs abonnés.

A voir donc ce qui restera des négociations entre les acteurs de la filière musicale, leurs intérêts étant parfois contradictoires ou opposés. En brandissant la menace d’une taxe, Emmanuel Macron les contraints au dialogue. Ils ont jusqu’au 30 septembre 2023.

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