Le long message d’Amelie Lens contre les violences sexistes et sexuelles

Publié : 12h34 par Christophe HUBERT

Amelie Lens
Amelie Lens
Crédit : @générée par IA / instagram.com/amelie_lens

Le long message d’Amelie Lens contre les violences sexistes et sexuelles

Figure incontournable de la techno mondiale, Amelie Lens a choisi Instagram pour prendre la parole dans un long message personnel, alors que la scène électronique est secouée par des rumeurs et accusations de violences sexistes et sexuelles (VSS). Un texte dense, frontal, qui dépasse les cas individuels pour poser une question plus large : celle de la responsabilité collective – et en particulier celle des hommes – dans une culture qui tolère trop souvent les abus et qui accule les femmes à « prouver » ce qu’elles subissent.

« We are tired » : la fatigue d’un système

Dès les premières lignes, le ton est donné : « Nous sommes fatiguées. Le dancefloor est notre maison et les backstage sont notre lieu de travail, mais aucun des deux ne nous semble sûr. »

L’artiste belge décrit une réalité que beaucoup de femmes de l’industrie connaissent : l’insécurité permanente, y compris dans des espaces censés être des refuges. Elle poursuit : « La sécurité a été considérée comme un “problème de femmes” pendant bien trop longtemps. »

Dans ce passage, Amelie Lens dénonce le renversement de responsabilité : ce ne sont pas les comportements violents qui sont remis en question en priorité, mais les stratégies d’évitement que les femmes doivent développer pour survivre. Elle évoque ce « langage silencieux » entre femmes, ces regards échangés pour prévenir discrètement un danger :

La culture du silence et des “bros”

L’un des passages les plus commentés de son message vise directement l’entourage masculin : « Ce qui m’a toujours fait le plus mal, personnellement, ce sont tous ces “bros” qui restent là, à regarder et à rire. »

Pour Amelie Lens, le problème n’est pas seulement l’agresseur. C’est l’environnement qui minimise, excuse, détourne le regard. Elle insiste : « Cette conversation n’est pas une attaque contre les hommes dans leur ensemble. Il s’agit de responsabilité. »

La question, selon elle, n’est pas de savoir si tous les hommes sont responsables. Mais : « Quand quelque chose ne va pas, qui prend la parole ? Qui interrompt la blague ? Qui remet son ami à sa place ? »

De fait, Amelie Lens déconstruit l’image rassurante pour beaucoup d’hommes, de l’agresseur inconnu : « Beaucoup d’hommes pensent que l’agression, c’est un type louche dans une ruelle sombre… La réalité est bien plus inconfortable : très souvent, l’agresseur est votre ami. »

Une phrase qui résonne particulièrement dans un milieu où les réseaux sont serrés, où artistes, managers et promoteurs se côtoient constamment. Les accusations, lorsqu’elles émergent, viennent bousculer des équilibres économiques et relationnels puissants. 

Dans son post, la DJ partage également un épisode glaçant : « Je suis allée une fois à la police avec des centaines de messages d’une personne détaillant exactement comment il allait m’enlever et me violer. » L’homme a pris un avion pour la retrouver à Anvers. Malgré les preuves, elle affirme que la police lui aurait répondu qu’elle « ne pouvait rien faire ».

Un témoignage qui souligne l’un des points centraux de son argumentation : la difficulté à prouver les violences sexistes et sexuelles et les abus de pouvoir, souvent invisibles, rarement accompagnés de témoins.

Sortir du silence

Amelie Lens précise qu’elle n’est « pas prête » à détailler ses propres expériences et d’ailleurs, elle le souligne parfaitement « je ne devrais pas avoir à le faire. »

Et elle lance un appel direct : « Faites-les simplement arrêter. Aidez-nous à briser le cycle. »

Son message ne vise pas seulement les victimes potentielles, qu’elle encourage implicitement à ne plus rester seules. Il s’adresse surtout aux témoins silencieux, à ceux qui rient, minimisent, ou protègent « la réputation » avant de protéger les personnes.

Dans un contexte où la scène techno internationale est régulièrement secouée par des révélations, des noms rendus publiques, cette prise de parole est on ne peut plus salutaire. Elle dépasse le cadre habituel des épisodes #MeToo où l’on doute de la parole des victimes, où l’on appelle à la prudence, où l’emballement médiatique peut être destructeur, opposant des camps au lieu de rassembler.

Amelie Lens nous rappelle simplement une évidence, face à l’enjeu des VSS, une union du « non ». Le changement ne viendra pas uniquement des femmes qui parlent, mais des hommes qui choisissent de ne plus se taire.


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