Musique vs IA : le combat de la décennie ?

19 avril 2023 à 13h03 par Christophe HUBERT

Image d'illustration
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Crédit : @unsplash / Markus Spiske

Musique vs IA : le combat de la décennie ?

En sueur, les équipes de Drake, The Weeknd et d’Universal Music ! Il y a quelques jours, est sorti sur les plateformes de streaming, les réseaux sociaux et sur Youtube, le titre « Hear On My Sleeve », collaboration entre les deux artistes.

On ne s’attardera pas sur le fait de savoir si le morceau était bon ou mauvais, il était bidon, fake, généré par intelligence artificielle – avec un vrai gars aux manettes, surnommé Ghostwritter mais avec des voix simplement volées ! Depuis, les canaux ont censuré le morceau (qui est trouvable partout, on parle d’internet…) mais le mal est fait : « Hear On My Sleeve » a été écouté des millions de fois. On avance le chiffre de 10 millions de clics.

Nouvel épisode d’une guerre annoncée entre le monde de la musique et celui de l’intelligence artificielle, tant il est vrai que se multiplient les morceaux inventés de toutes pièces et faussement crédités à des artistes, bien réels ceux-là. Vient en tête, le très récent faux « Savages » attribué à Jay-Z.

Plagiat, fake musical ou vraie création ?

Et la panique s’installe. Car à l’instar des deep fake, il est difficile voire quasi impossible de différencier une vraie création d’une fausse. Les artistes, ayant-droits et maisons de disques sont donc sur le qui-vive et cette question commence à hanter les esprits : au-delà de se voir attribuer un titre qui n’est pas le sien (ce qui ne doit pas être très sympa à vivre), un artiste pourra-t-il durablement se défendre face au phénomène des « faux » morceaux ?

On n’est pas dans un débat philosophique mais bien juridique car, en reproduisant la voix d’un chanteur, d’une chanteuse pour créer un morceau totalement nouveau, est-on réellement sous le coup du plagiat, du vol ? Ou au contraire, est-ce la création réelle d’une œuvre unique ? Il est probable que les avocats s’écharpent sur ces notions de droit d’auteur pour déterminer ce qui viole la loi et ce qui relève d’un nouveau champ de création lié à l’intelligence artificielle.

Pour parer au plus pressé, les majors de la musique ont récemment demandé aux services de streaming de bannir les sociétés (et donc les titres musicaux) d'intelligence artificielle pour empêcher l’apparition du faux titre. Est-ce que ce sera suffisant ? Probablement pas.

La musique va devoir gérer les inconvénients, des avantages qu’elle connait. Si les plateformes ont rendu la musique accessible à tous, parfois de manière très rémunératrice, si elles ont inondé le marché, elles ont aussi mis la musique à la disposition de tous y compris de l’IA, y compris dans une utilisation totalement nouvelle. Un bing bang qui détruira peut-être les équilibres sur lesquels la filière musicale est établie. Rien n’est certain, mais le risque est réel.

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