Burning Man : tout brûler quand la planète flambe ?

30 août 2023 à 13h02 par Christophe HUBERT

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Crédit : @screen video Burning Man 2022 Aftermovie - Mayan Warrior

Burning Man : tout brûler quand la planète flambe ?

D’un bout à l'autre du désert. Alors que nous vous parlons ici, de la folie des clubs de Las Vegas, intéressons-nous à un autre spot du désert du Nevada, le festival mythique Burning Man !

Havre de liberté, chaudron artistique, le festival américain – qui a démarré dimanche dernier sa 37e édition – a installé sa ville éphémère Black Rock City et vu débarquer des dizaines de milliers de personnes souhaitant communier, pendant 9 jours, autour d’un délire créatif et musical, spirituel et libertaire, le tout, à grands renforts de drogues en tout genre.


(@unsplash)

Sauf que cette année, Burning Man fait tache. Pas tant parce qu’il y est communément admis de s’y promener à moitié à poil, sur des échasses ou en laisse devant une sculpture moderne, mais parce que l’événement est une véritable hérésie écologique. Et je ne parle pas du fait que le point d’orgue symbolique soit d'enflammer une gigantesque structure en bois, mais du public de Burning Man qui n’a plus forcément la lutte climatique au corps et au coeur… se déplaçant en jet privé notamment et principalement en grosses voitures bien polluantes.

D’ailleurs, l’accès au festival a été bloqué, dimanche dernier pour le groupe Seven Circles. Des manifestants pour le climat qui ont été délogés assez violemment par la police. 

Le procès fait à Burning Man peut surprendre car la ville éphémère de Black Rock City, construite de toute pièce chaque année est ensuite totalement détruite « sans laisser de traces », c’est même l’un des dix commandements de cette grand-messe artistique, qui multiplie les actions pour limiter sa pollution et cherche à être irréprochable sur le sujet.

Mais peut-être que Burning Man concentre les débats sociétaux que l’on vit également en France. L’empressement des militants pour le climat - qui les conduit à des actions symboliques et épidermiques, l'impossibilité de nouer le dialogue – même avec un festival qui se dit écolo dans son ADN – la schizophrénie collective qui nous conduit à tenir un discours pas toujours en cohérence avec nos actions. Ainsi va Burning Man qui enfin, paie davantage son changement de public que ses actions sur le terrain, pourtant très perfectibles.

En effet, l’événement a beaucoup changé. A son origine, Burning Man, se voulait symbole de la contre-culture, mouvement hippie volontiers anticapitaliste. Il finit  - en 2023 – par surtout exciter et réunir les cols blancs de la Silicone Valley, pour qui le grand frisson anarchiste consiste à vendre leurs stocks options sans regarder le cours de la bourse. C'est caricatural, d'accord, mais pas tant que ça. Prix du billet de Burning Man : 1000 dollars en moyenne, rajoutez 150 pour le parking de votre SUV. Une rébellion à la sauce Chat GPT, virtuelle et qui a perdu de sa cohérence donc.

Cela explique sûrement pourquoi des militants écolos ont voulu taper ce festival qui promettait de changer le monde et qui finalement, brûle avec lui. Se réunir en plein désert, en voiture et à grand renfort de climatisation, c'est rigolo car lunaire, dépaysant car hors du temps, mais cela a un coût et une facture pour la planète. Le chiffre affolant autant qu'invérifiable de 100.000 tonnes de CO2 émis, est évoqué (par Seven Circles et cela correspond aux émissions annuelles de 10.000 français).

Burning Man est probablement condamné à se réinventer ou à disparaitre. Du moins s'il veut que le gigantesque feu de clôture reste un événement symbolique... et artistique.

 

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