À quoi ressemblerait un monde sans clubs ?

Publié : 13h18 par Christophe HUBERT

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À quoi ressemblerait un monde sans clubs ?

Pas d’annonce officielle, pas de communiqué dramatique. Juste… plus rien. La nuit est toujours là, mais elle n’a plus d’endroit où aller. Bien sûr, la nature ayant horreur du vide, la fête se ferait ailleurs, autrement, et se réinventerait. Mais imaginons un scénario dystopique dans lequel la nuit serait faite pour dormir, la fête reléguée aux oubliettes de l’Histoire. Il est déjà 22h16, et la nuit n’offre plus rien que du noir et du silence. Cela ressemblerait à quoi ?

Dans ce monde-là, la communion collective en prendrait pour son grade. Vous ne connaissez plus cette sensation unique d’être des dizaines, des centaines, à vibrer ensemble sans vous connaître, autour d’un moment, d’un artiste, d’un titre. Plus de piste de danse où les individualités se fondent, s’unissent, où les différences s’effacent. Vous restez vous-même, en permanence, un peu imperméable aux autres. Et vous découvrez que, en vrai, se perdre dans la foule, ce n’était pas si mal.

Le plaisir, lui, est devenu bien trop raisonnable. L’hédonisme est toléré, mais discret, presque poli. Vous écoutez de la musique chez vous, vous dansez un peu — deux chansons maximum — avant de vous demander si le voisin n’entend pas trop, et de tout couper. Vous repensez avec nostalgie à ces moments où transpirer à grosses gouttes était non seulement accepté, mais encouragé.

Vous réalisez qu’un espace fondamental a disparu : celui où être soi n’exigeait aucune explication. Pour les personnes LGBTQIA+, l’absence est brutale. Il n’y a plus ces lieux où les corps, les genres, les désirs existent, se questionnent, sans se demander s’ils sont acceptables. Vous êtes libre sur le papier, mais jamais complètement détendu, sous surveillance et donc en vigilance.

La société continue d’avancer, elle est exigeante, se veut performante, tout le temps. Et sans clubs, vous n’avez plus d’échappatoire. Plus de nuit pour relâcher la pression, plus de musique pour faire sortir ce que les mots ne savent pas dire. La fête, qui servait de soupape affective et émotionnelle, manque alors cruellement. Vous accumulez les tensions, les émotions non digérées, les semaines trop pleines : tout n’est qu’utilité sociale et performances.

Les rencontres, elles, deviennent aussi plus sages, plus prévisibles. Vous ne parlez plus à des inconnus à 5 h du matin dans un fumoir embrumé. Vous ne nouez plus ces liens improbables dans une file d’attente ou autour d’un verre. Le hasard, cet ingrédient magique de la nuit, est mis au chômage technique. Les connexions étranges et brèves que permettait le club ne sont plus, et sans elles, tout est prévu, filtré, propre.

Côté musique, vous vivez dans un futur légèrement plus fade. Vous découvrez les sons sur le tard, digérés, délivrés par des algorithmes. Les clubs, qui étaient des incubateurs de cultures musicales, n’ont plus leur rôle. Du coup, vous n’avez plus cette sensation délicieuse de ne pas comprendre ce que vous entendez, mais de le ressentir très fort.

Et puis il n’y aurait plus cette dimension un peu floue, celle des interdits, qu’on critique souvent : le fait de flirter avec les limites. L’alcool, parfois les substances, parfois le danger. Pas parce que c’est bien ou mal, ni pour en faire l’apologie, mais parce que c’est humain. Pour apprendre à doser. Dans ce monde sans clubs, tout est plus contrôlé, plus sécurisé… et beaucoup moins instinctif, voire irréfléchi.

L’amitié, enfin, change de visage. Vous ne veillez plus les uns sur les autres de la même façon. Plus de messages flous le lendemain, plus de souvenirs communs un peu bancals mais précieux. Les clubs étaient ces lieux où l’on se perdait ensemble — et où l’on se retrouvait. Souvenirs communs, histoires partagées, mémoire collective : la fête soudait.

Un monde sans clubs – horreur ! - serait probablement plus calme. Mais il serait surtout plus solitaire, plus lisse, plus sérieux.

La club culture n’est pas un divertissement futile ou un vague rituel arrivé à ses 18 ans : c’est un espace de liberté, de soin collectif, de création, de découverte et de liens humains. C’est un endroit où l’on apprend à être ensemble autrement — et à être soi, pleinement.

Alors, tant qu’ils existent encore, il faut les célébrer, les défendre, les soutenir, ces clubs ! Et ça passe par des gestes simples, comme participer aux votes du classement “Top 100 Clubs actuellement en cours.

Parce que des lieux comme le Rex Club, Le Djoon, le Badaboum à Paris, Le Sucre à Lyon, Le Bikini à Toulouse, le Warehouse à Nantes, ou le 109 à Saint-Malo font plus que diffuser de la musique, plus que remplir un rôle culturel : ils nous placent, en tant qu’êtres humains, au centre d’un monde où l’on est tous et toutes interconnectés, où chacun joue le seul rôle qui vaille : être soi.

Alors, vive la club culture, vive les clubs !

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