St Valentin : plus de prévention face à l’essor du chem-sex

Publié : 12h42 par Christophe HUBERT

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St Valentin : plus de prévention face à l’essor du chem-sex

A quelques jours de la St Valentin, les applis de rencontres chauffent peut-être plus qu’à l’accoutumée ! Les rencontres s’y dessinent, les fantasmes s’exacerbent. Mais derrière ce vernis romantique ou sexuel, une autre réalité se dessine, beaucoup moins rose : celle d’un marché de l’amour désormais marqué par l’essor silencieux des drogues de synthèse.

Le phénomène du chem-sexla consommation de substances psychoactives dans un contexte sexuel — n’est plus cantonné à des cercles marginaux. Il se diffuse, se normalise, s’invite dans des conversations banales. Les risques, eux, sont forts : surconsommation, mélanges de produits, perte de repères, vulnérabilité accrue face aux violences sexuelles. Les décès se multiplient.

Du coup, à l’occasion de la Saint-Valentin et du Safer Internet Day, l’association PlaySafe tire la sonnette d’alarme et pose un constat évident : les messages de réduction des risques doivent atteindre les publics là où naissent les pratiques, là où l’offre de Nouveaux Produits de Synthèse (NPS) s'exprime, c’est-à-dire en ligne. 

Un phénomène très structuré

Grâce à sa plateforme de veille NSP-WATCH, l’association scrute en continu l’évolution du marché. Les chiffres donnent le vertige. Chaque semaine, une cinquantaine de nouveaux sites apparaissent ou se réinventent. Tous reprennent les codes d’un e-commerce efficace : référencement optimisé, publicités ciblées, avis clients rassurants — parfois fabriqués —, promotions, programmes de fidélité. Une fois le contact établi, les échanges glissent vers des canaux plus discrets. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, PlaySafe a même créé des sites factices destinés à observer les comportements d’achat. Si ces plateformes avaient été réelles, elles auraient déjà généré près de deux millions d’euros de transactions. Une estimation qui illustre la puissance d’un marché rapide, agile, et parfaitement adapté aux règles du web.

Un contre attaque sur le terrain et tous azimut

Face à cette accélération, les outils traditionnels de prévention apparaissent dépassés. Distribuer des brochures hors ligne ne suffit plus lorsque l’information, la curiosité puis l’achat commencent par une requête tapée dans un moteur de recherche. PlaySafe plaide donc pour une « e-prévention » capable d’investir les mêmes espaces que les vendeurs : alertes visibles, contenus fiables immédiatement accessibles, campagnes ciblées sans stigmatisation.

C’est l’objectif de SignalChems, la nouvelle plateforme que l’association déploiera progressivement en 2026. Pensée comme un outil d’alerte simple d’usage, elle permet de signaler sites dangereux, arnaques, violences sexuelles ou situations de soumission chimique. Une manière de redonner du pouvoir aux usagers dans un environnement où la rapidité des échanges dépasse souvent la capacité de réaction des institutions.

Mais pour PlaySafe, la responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les individus. L’association appelle les plateformes et les moteurs de recherche à revoir leurs responsabilités. Adapter les algorithmes pour mettre en avant la prévention, réduire la visibilité des sites de vente, rendre l’accès aux ressources d’aide plus immédiat : autant de leviers concrets pour rééquilibrer un écosystème aujourd’hui dominé par la recherche de trafic.

Les pouvoirs publics, eux aussi, sont interpellés. PlaySafe demande une action coordonnée contre les acteurs identifiés comme les plus dangereux, avec des procédures systématiques de retrait et de déréférencement pour les sites classés noirs ou rouges dans son baromètre transmis à la MILDECA.

Pour Michel Mau, président de l’association, l’équation est simple : « À la Saint-Valentin, on célèbre l’amour. On ne peut pas laisser l’amour sous l’influence des logiques d’audience des plateformes en ligne : la sécurité des rencontres et le consentement doivent primer. Sur les requêtes à risque, la prévention doit être plus visible et immédiate que l’offre. »

 

Créée en 2012, PlaySafe a fait de cette bataille numérique sa spécialité. Intelligence artificielle, réseaux sociaux, partenariats avec les grands acteurs du web : l’association multiplie les stratégies pour informer sans moraliser. Sa devise résume sa ligne de crête : soutenir sans punir, mais ne jamais banaliser.

 

 

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