Artistes : des carrières en CDD ?

Publié : 13h04 par Christophe HUBERT

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Artistes : des carrières en CDD ?

Dans les coulisses de la musique et dans le quotidien de plus en plus d’artistes, une réalité émerge : loin d’être des trajectoires linéaires et stables, les carrières sont de plus en plus difficiles et chaotiques. Au point de se poser la question : en a-t-on fini avec les carrières longues, avec les artistes qui enchainent albums et tournées ? Bref, est-ce que le métier d’artiste est désormais un CDD ?

On peut le craindre, d’après une enquête menée par l’Adami auprès de 2 737 artistes-interprètes en début d’année 2026.

Des carrières longues… et fragiles

À première vue, l’optimisme pourrait l’emporter – et vous savez qu’à FG, il a notre préférence : une part notable des artistes déclarent des carrières de plus de 20 ans dans le métier, preuve que la passion et l’engagement peuvent traverser les décennies.

Mais cet horizon n’est pas synonyme de sécurité : derrière ces longues trajectoires se cache la nécessité, pour une majorité, de jongler avec plusieurs emplois. L’étude révèle ainsi qu’un artiste sur trois exerce, en plus de son activité artistique, une autre profession, souvent pour faire bouillir la marmite.

Plus encore, 70 % des artistes interrogés ne vivent pas essentiellement de leur métier : ils sont contraints de multiplier les casquettes — travailleur intermittent, pigiste, intervenant culturel, enseignant… — et, parfois, d’accepter des boulots totalement extérieurs à l’art pour joindre les deux bouts.

On sait qu’en France, de très nombreux DJs sont concernés. La crise Covid et la fermeture des clubs l’avaient souligné. D’ailleurs, FG avait alors lancé le fond « FG For DJs » pour leur venir en aide.

Cette fragilisation des parcours n’est pas seulement économique : elle affecte aussi la perception que les artistes ont de leur profession. Une large majorité d’entre eux déclarent que l’exercice du métier est plus difficile aujourd’hui qu’il y a cinq ans, près de 80 % constatent une dégradation de leurs conditions de travail ou de rémunération, et plus de deux-tiers signalent une baisse de leurs revenus récents. Face à l’incertitude, 86 % se disent inquiets, pessimistes ou manquent simplement de visibilité quant à leur avenir professionnel.

Voilà qui nourrit l’idée d’un « CDD permanent », l’insécurité financière ayant raison de la passion ou de la détermination de nombreux artistes.

Vivre de l’art… ou à côté de l’art ?

Ce constat interpelle mais à l’heure des grands changements dans les métiers de la musique, on se demande donc si on peut encore parler de « carrière » artistique au sens traditionnel du terme, avec une progression stable, une reconnaissance croissante et une sécurité relative ? Sommes-nous face à une nouvelle norme, celle de trajectoires hybrides, fragmentées ?

Malgré les difficultés, l’enquête pointe des pistes : parmi les priorités citées par les artistes figurent notamment une meilleure rémunération du travail artistique ou encore une continuité des droits sociaux (intermittence, santé, retraite). Bref, être épauler pour pouvoir durer.

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