Clubs : dansez et surtout, taisez-vous !

Publié : 12h58 par Christophe HUBERT

Clubs : silence sur le dancefloor, la musique avant tout !

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Clubs : dansez et surtout, taisez-vous !

Dans certains clubs, on ne vient plus seulement écouter de la musique : on vient la respecter. À la lettre. Et peut-être avec des injonctions un peu abruptes ! Entre appels à la discrétion sur le dancefloor et quête d’une expérience sonore presque pure, la fête semble parfois rêver d’un public idéal : des corps qui dansent, des oreilles qui écoutent et des bouches qui restent fermées. Bienvenue au club, version monastère de l’underground !

Le débat a récemment rebondi outre-Manche, comme le raconte The Guardian dans un article publié le 23 octobre. La DJ Jane Fitz a demandé aux fêtards de moins bavarder pendant les sets. Son argument est assez simple : pourquoi venir se planter devant un système son pour discuter de la vie sentimentale d’un copain, alors qu’on pourrait profiter de la musique ? Une question légitime, même si la conversation en club est souvent l’occasion de rire, de se détendre, portant rarement sur les mérites comparés de deux assurances d’habitation ! Cela dit, il n’en fallait pas plus pour déclencher une belle bataille entre les défenseurs d’une club culture pure et absolue et ceux qui considèrent qu’une soirée est aussi faite pour parler, se rencontrer et partager autre chose que de la musique.

En France aussi, certains collectifs prennent la question très au sérieux. Essaim à Paris, par exemple, présente ses fêtes comme des « performances artistiques collectives », des « œuvres totales » dont le public est une composante essentielle, au même titre que l’artiste. Les règles du jeu édictées par le club précise que chaque mouvement contribue à l’ambiance générale, renvoie de l’énergie au DJ et influence directement la qualité de son set. Il invite donc les participants à entrer progressivement sur le dancefloor, à respecter l’espace de chacun, à éviter les traversées intempestives mais surtout… à parler à voix basse, ce qui – avec la musique de l’endroit – renvoie à vous demander le silence.

Sur le fond, difficile de donner tort à Essaim. Personne n’a envie de se retrouver coincé entre un pilier humain immobile et un groupe qui refait le monde juste devant les enceintes. Et l’idée que le public participe à l’expérience musicale est loin d’être absurde : un dancefloor ne se résume pas à une foule de consommateurs alignés devant un DJ. L’énergie collective fait partie du spectacle.

Mais il y a une petite subtilité dans cette conception de la fête. Si chacun de nos mouvements influence la qualité du set, faut-il pour autant danser avec un sens aigu des responsabilités ? Le fêtard doit-il s’assurer que sa danse, sa gestuelle est compatible avec l’intention artistique du DJ ? Faut-il remplir une déclaration préalable avant de traverser la piste pour retrouver un ami ? Et si l’on parle un peu fort parce que voilà, il est 2h, on a la semaine de taf dans la gueule et que le club est justement notre moment de détente, est-on persona non grata à Essaim et dans les lieux épousant la même philosophie ?

On plaisante, évidemment. Mais cette recherche de la fête parfaite, débarrassée de tout ce qui pourrait perturber l’écoute, la messe musicale révèle une certaine idée du club : un lieu où l’expérience artistique doit primer sur presque tout le reste. Le public y est invité à participer, mais dans les limites d’une partition dont il n’est pas vraiment l’auteur.

Silence dans la salle, le DJ travaille

Cette exigence n’est pas née hier. Depuis toujours, les amateurs de musique électronique défendent des systèmes son de qualité, des sélections audacieuses, des transitions impeccables et des conditions d’écoute qui permettent de se perdre dans le son. Et ils ont raison : une soirée peut devenir une expérience physique et presque hypnotique quand le son, la lumière et le mouvement s’accordent parfaitement.

On sait aussi que les forêts de smartphones ont eu raison de la patience de bien des DJs qui demandent au public de vivre le set directement, et non par procuration. Le problème commence cela dit, lorsque la quête de pureté sonore finit par faire oublier que le club n’est pas un auditorium. On peut adorer un mix sans avoir envie de le commenter, ni même avoir envie de danser. On peut aussi aimer une soirée parce qu’on y retrouve des amis, qu’on échange un sourire avec un inconnu ou qu’une conversation inattendue se transforme en souvenir mémorable. Ces moments ne sont pas nécessairement des parasites de l’expérience musicale. Ils en font aussi partie.

Dans le débat britannique, d’autres voix rappellent justement que la conversation est un ciment de la culture club. Le DJ James Ronald, cité par The Guardian, défend l’idée que la fête est également un espace de rencontre et d’échange, où certaines discussions importantes trouvent leur place.

La culture club n’a jamais été un bloc homogène, cette question du silence, après celle de téléphones dans les clubs, ne manquera pas de susciter arguments et contre-arguments et tant mieux d’ailleurs, cela rappelle que la club culture est toujours vivante, qu’elle se cherche une nouvelle pertinence.

[Source]

 

 

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