Sortir sans peur : la révolution silencieuse du milieu de la fête
Publié : 13h02 par Christophe HUBERT
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Sortir sans peur : la révolution silencieuse du milieu de la fête
Pour une fête plus sûre. Voilà la démarche et le plaidoyer de l’association Safer qui vient de publier un livre blanc « État des lieux et perspectives de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif”. Fruit de longs mois de travail, le document dresse un constat sans ambiguïté : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) est devenue une condition de crédibilité pour l’événementiel musical. Et là, on parle des concerts, festivals, clubs, bars, free parties ou encore soirées privées. En 2026 donc, la lutte contre les violences n'est plus un accessoire mais un impératif observé comme tel, par le public.
D’ailleurs durant la dernière décennie, le sujet des violences sexistes et sexuelles est passé du militantisme à la structuration professionnelle. Le rapport de Safer revient sur le travail engagé et formule plusieurs propositions. Mais d’abord, le constat.
2018, l’année de la prise de conscience
La première onde de choc est venue de l’enquête menée par l’association Consentis au printemps 2018. Les résultats, largement cités depuis, étaient et sont vertigineux :
- 60 % des femmes déclaraient avoir déjà subi une violence sexuelle dans un lieu festif.
- 57 % disaient se sentir en insécurité lorsqu’elles sont seules.
- 78 % des répondants connaissaient au moins une victime.
- 93 % estimaient nécessaire d’éradiquer ces violences.
Au-delà de l’ampleur, l’étude révélait les stratégies d’adaptation : sorties en groupe, limitation de la consommation d’alcool, organisation de retours sécurisés, voire renoncement pur et simple à fréquenter des lieux.
En 2024, l’enquête qualitative portée par la mission Stourm en Bretagne ajoute de l’épaisseur à ce constat sociétal. Elle décrit des festivals marqués par la reproduction de rapports de domination : appropriation masculine de l’espace sonore et physique, banalisation de comportements intrusifs, difficulté accrue à dénoncer lorsqu’il s’agit d’événements locaux où tout le monde se connaît, etc…
Autre point important : la prévention repose encore massivement sur des équipes bénévoles, très féminisées, elles-mêmes exposées au sexisme et à une recherche permanente de légitimité.
2026 : le public ne négocie plus la sécurité
La nouveauté majeure du livre blanc tient dans la photographie réalisée l’an dernier auprès de 10 000 festivaliers sur 7 grands rendez-vous accompagnés par Safer. Le message envoyé aux organisateurs est limpide.
- 75 % des festivaliers savent que leur événement est engagé contre les VSS.
- 97 % jugent cette démarche importante.
- Plus d’un festivalier sur deux (55 %) s’attend désormais à trouver un dispositif dédié.
- Et surtout, 28 % pourraient ne pas venir en son absence.
La prévention quitte donc le registre moral, militant pour entrer dans celui de l’attractivité. Lorsqu’ils connaissent le dispositif, les festivaliers l’approuvent massivement : 92 % de satisfaction, dont 62 % très satisfaits.
Les personnes LGBTQIA+ en première ligne
L’actualisation nationale publiée par Consentis à l’été 2025 marque un nouveau warning. Parmi plus de 3.000 répondants, 69 % des personnes LGBTQIA+ déclarent avoir subi une agression sexuelle en contexte festif, soit 19 points de plus que le reste de la population.
Les indicateurs explosent pour certaines identités : répétition d’agressions physiques, exposition accrue à la soumission chimique, peur massive des violences LGBTQIA+phobes (jusqu’à 90,6 % chez les femmes trans).
Pour le livre blanc, cela signifie que les dispositifs de lutte contre les violences demeurent insuffisamment inclusifs.
Un secteur en formation
Depuis 2021, sous l’impulsion du Centre national de la musique, les structures (festivals ou autres) doivent former leurs responsables, sensibiliser leurs équipes et mettre en place des procédures internes pour accéder aux aides publiques.
Mais ces obligations concernent principalement les salariés, par les prestataires. L’une des propositions centrales du livre blanc consiste donc à transformer la relation entre organisateurs et sociétés de sécurité. Il ne s’agit plus seulement de filtrer ou d’exclure, mais de protéger, orienter, documenter.
Cela suppose : des agents formés aux VSS, des chaînes de décision claires, une coopération avec les associations et bien sûr, une traçabilité des signalements. Ainsi, la sécurité d’un événement festif deviendra le nœud central pour protéger, en amont.
Si tout le monde s’accorde sur la nécessité d’agir, les moyens stagnent. Vous le savez, beaucoup de lieux festifs, de festivals sont en souffrance : Inflation des coûts, raréfaction des financements, impossibilité de former largement les bénévoles : beaucoup d’organisateurs avancent à budget constant sur un périmètre des VSS qui s’élargit.
Le risque est alors connu : celui de voir des évènements festifs dépendre largement d’un engagement militant, par nature fragile.
Un nouvelle demande forte du public
La conclusion du rapport tient en une phrase implicite : un festival qui ne protège pas peut perdre son public.
Après des années d’expérimentations, la prévention des VSS entre dans une phase décisive. Elle ne relève plus uniquement de la bonne volonté, mais d’un modèle d’organisation, de compétences et de financements à stabiliser. Reste à savoir si la puissance publique transformera cette attente en obligation, ou si la pression des festivaliers suffira à achever la mutation.
Mais alors que la saison des festivals approche à grands pas, il est réjouissant de voir que le regard du public se veut exigeant sur le front des VSS. Réjouissant de voir que le travail d’associations – Safe et Consentis notamment – porte ses fruits.
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