Russie : la club culture enterrée

Publié : 12h34 par Christophe HUBERT

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Russie : la club culture enterrée

Russie : la club culture enterrée et la communauté LGBT pourchassée.

En Russie, la piste de danse est désormais un terrain miné. Le club Pose, à Orenbourg, est devenu le premier établissement dont les responsables sont condamnés à de lourdes peines de prison en vertu de l'interdiction du « mouvement LGBT », classé comme « organisation extrémiste » par la Cour suprême russe en 2023.

Le propriétaire du club, Vyacheslav Khasanov, écope de 7 ans de prison et d'une amende d'un million de roubles. La gérante, Diana Kamilyanova, est condamnée à six ans et trois mois, tandis que le directeur artistique, Alexander Klimov, reçoit une peine de deux ans et trois mois. Tous trois ont plaidé non coupable.

Ouvert en 2021, Pose n'était pourtant pas un repaire de révolutionnaires, mais un club connu pour ses soirées drag et ses spectacles. Face au durcissement du climat politique, l'établissement avait même tenté de se faire discret en se présentant comme un « bar-théâtre parodique ». Une pirouette administrative qui n'aura finalement pas convaincu le régime extrémiste de Vladimir Poutine. En mars 2024, le club avait fait l'objet d'une spectaculaire descente de police. Des vidéos relayées par des groupes ultraconservateurs montraient des clients alignés contre les murs, mains en l'air, pendant que des hommes masqués investissaient les lieux. Une scène plus proche d'un film policier que d'une fin de soirée.

Cette affaire marque un nouveau tournant dans la politique menée par Moscou contre les personnes LGBTQ+. Depuis que la Cour suprême a assimilé le « mouvement LGBT » à une organisation extrémiste, toute activité perçue comme liée à cette communauté peut désormais entraîner des poursuites pénales.

Au-delà du club Pose, c'est toute une scène nocturne qui s'efface progressivement. Les soirées drag disparaissent, les établissements ferment ou changent de visage, et les espaces où l'on pouvait simplement danser, assister à un spectacle ou rencontrer d'autres personnes deviennent de plus en plus rares. Et de fait, un club sans libertés, sans égalité, n’est pas un vrai club.

Pendant que certaines capitales rivalisent d'imagination pour faire vivre leur vie nocturne, la Russie semble avoir choisi une autre stratégie : éteindre les néons, couper la musique… et faire tomber le rideau sur une partie de sa club culture. A l’inverse, les clubs ukrainiens tentent de survivre, halos de paix dans un pays en guerre, comme en témoignait le réalisateur Max Laulom, dans la dernière édition de son documentaire « 5 jours pour faire la fête en Ukraine ».


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