Le docteur Armin Van Buuren se penche sur le dancefloor

Publié : 16h30 par Christophe HUBERT

Armin Van Buuren : le dancefloor comme thérapie introspective en 5 heures de trance.

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Le docteur Armin Van Buuren se penche sur le dancefloor

Et si le dancefloor était une thérapie ? Pas besoin de divan, de carnet de notes ou de « et quelles relations vous avez avec votre père ? » ! Il suffit d’un bon système son, de quelques milliers de personnes et d’Armin Van Buuren derrière les platines. C’est en tout cas l’étonnante démonstration proposée par un documentaire consacré aux 25 ans de A State of Trance, qui transforme un set de cinq heures du DJ néerlandais en véritable introspection psychologique. Et voici ce qu’il nous dit.

Pour mener l’expérience, Rachel Giddins, psychothérapeute… et fêtarde assumée, s’appuie sur les travaux de l’anthropologue Arnold van Gennep et son fameux concept de rites de passage. En clair : dans certaines situations, l’être humain quitte temporairement son identité habituelle, traverse une sorte d’entre-deux, puis revient à sa vie avec quelque chose de nouveau. Vous voyez où elle veut en venir ? Oui : le club.

Première heure : séparation. On arrive sur place, on quitte son quotidien, son boulot, ses soucis, son téléphone — enfin, en théorie. On entre dans un autre monde. La nervosité monte, on ne sait pas encore exactement ce qui va se passer. Un peu comme avant un 1er rendez-vous, sauf qu’ici, la personne qui va vous faire vibrer pendant 5h est un DJ de trance.

Puis vient la deuxième heure : la synchronisation. On cesse progressivement de surveiller ce qui nous entoure. Le corps se détend, les respirations, les mouvements et les battements semblent se caler sur ceux de la foule. Le « moi » commence à devenir « nous ». Armin Van Buuren résume joliment cette sensation : dans une foule, « one plus one is three ».

À la troisième heure, le diagnostic est posé : immersion totale. Lumières, projections 3D, son, température, mouvements de la foule… Tout participe à l'expérience. Le cerveau, lui, peut enfin prendre des vacances. Rachel Giddins parle alors de « collective effervescence », cette sensation d’énergie commune qui apparaît lorsque des milliers de personnes vivent simultanément la même émotion.

Et c’est là que le dancefloor devient presque thérapeutique. Armin raconte d’ailleurs avoir connu, adolescent, le sentiment d’être isolé parce qu’il aimait une musique que son entourage ne comprenait pas. Puis il a trouvé d’autres passionnés. Quelques années et quelques milliers de soirées plus tard, il se retrouve à créer exactement l’inverse de cette solitude : un endroit où tout le monde semble lui dire « moi aussi ».

La quatrième heure, forcément, ça monte. Le DJ guide la foule vers l’euphorie, entretient la tension, retient le public puis le libère. Et là encore, le documentaire met des mots sur une expérience que les clubbers connaissent très bien : cette impression presque physique d’être reliés les uns aux autres par une énergie commune. Même le hasard a droit à son quart d’heure de gloire. Le live, explique le documentaire, conserve une part d’imprévu : contrairement au DJ set préparé ou au back-to-back parfaitement contrôlé, il y a toujours une petite place pour l’erreur. Et c’est justement cette imperfection qui rend le moment vivant.

Puis arrive la cinquième heure : le retour sur Terre. Le set se termine, la lumière revient.

La dernière étape est celle de la réintégration. L'expérience est désormais terminée, mais elle reste dans la mémoire comme un moment particulier. Les personnes rencontrées pendant la nuit peuvent prendre une importance démesurée. Et voilà peut-être pourquoi on revient. Pas uniquement pour la musique, ni même pour Armin Van Buuren. Mais pour retrouver cette étrange sensation d’appartenir, pendant quelques heures, à quelque chose de plus grand que soi.

Conclusion du docteur Van Buuren : la musique donne un sens à tout ça. Il reconnaît d’ailleurs que, sans les gens qui écoutent sa musique et viennent partager ses sets, tout ce qu’il fait aurait beaucoup moins de sens. Conclusion de 5 heures de trance, vous allez bien mieux. Ça fera 70 euros.

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