Faut-il bannir les téléphones des shows électro ?

3 juin 2024 à 12h53 par Christophe HUBERT

Anyma
Anyma
Crédit : @screen video

Faut-il bannir les téléphones des shows électro ?

A intervalles réguliers, revient ce serpent de mer des musiques électroniques :  doit-on définitivement bannir les smartphones des événements électro comme des clubs ?

Le dernier à poser la question est Anyma, moitié de Tale Of Us et réputé pour ses shows gigantesques, déluge de nouvelles technologies et d’expériences immersives. L’artiste italien a posté le week-end dernier, une sorte de sondage pour ou contre l’interdiction des téléphones dans ses shows. 24h plus tard, le bilan est sans appel : 9915 personnes se sont prononcées en faveur du ban, contre 1930 qui s’y opposent.

A priori, pas de débat donc. Sauf que si. D’abord parce que, dans les pro-interdictions, on en trouvera forcément qui ont assisté à un show d’Anyma, téléphone levé ! Ensuite, parce qu’en réalité, les smartphones ne sont pas le problème.

D’accord, le téléphone portable, c’est le règne du « j’y fut », du « regardez où je suis ». C’est aussi un souvenir gardé d’une expérience hors normes. Anyma lui-même inonde les réseaux sociaux d’extraits de son show, vantant la mise en scène, la symbolique (robots, transhumanisme) et l’Italien est très content de dire que ses lives sont événementiels. De même, il ne peut que constater l’effet boule de neige. A chaque représentation, le public disperse sur tous les réseaux des images d’un concert atypique, qui convainquent de nouveaux adeptes à prendre un billet pour la prochaine date. Le concept même du show incite à filmer, à garder une trace, à l’échanger. Et on viendrait reprocher au public de filmer un live pensé pour monopoliser l’attention visuelle (et non musicale…) ?

En réalité, sur les téléphones, la scène électro a une forme de romantisme. En les bannissant, le public se retrouverait seul, face à l’artiste, pour mieux s’immerger de sa musique. Les gens échangeraient davantage, vivraient le show en collectif. A voir… Là aussi, on se nourrit d’un imaginaire, souvent lié au Berghaïn – club berlinois qui bannit les téléphones portables depuis des lustres. Quand bien même on pouvait l’utiliser là-bas, les gens n’y filmeraient pas les DJs, car le concept du lieu est une passion collective pour la musique, pour l’underground.

Le débat n’est peut-être pas de savoir si on doit interdire le téléphone mais quels lives proposer pour que le public, instinctivement, n’ai pas l’idée de le sortir. Anyma sans le visuel, est-ce une messe musicale devant laquelle on resterait 3h bouche bée… pas sûr. D’ailleurs pourquoi des sets en festivals ne sont pas filmés et d’autres, le sont abondamment par une foule bras levés ?

Ce que pose Anyma, ce qu’il propose avec son concept, est une pierre à l’édifice, celui d’une réinvention des prestations DJs et des lives électro. Certains conçus comme un moment d’évasion, de délire technologique et visuel. D’autres, puristes, conçus autour d’un son, d’une singularité musicale. Restera ensuite à traiter notre addiction aux téléphones portables, prolongement de notre bras, non pas du fait d’Anyma, mais du marketing des fabricants et de notre soumission aux algorithmes.

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