En Turquie, la nuit aussi devient un terrain de bataille
Publié : 11h56 par Christophe
Répression croissante en Turquie : 63 arrestations dans la communauté LGBTQ+.
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En Turquie, la nuit aussi devient un terrain de bataille
63 personnes arrêtées lors d’un coup de filet visant la communauté LGBT+, des associations et des lieux de sociabilité ciblés, un concert d’Anyma annulé : en Turquie, les signaux de durcissement à l’égard des personnes LGBTQ+ et de certaines formes d’expression culturelle se multiplient. Et derrière ces affaires, c’est aussi une certaine idée de la liberté dans les lieux de fête qui se retrouve mise sous pression.
D’abord, les faits
Dimanche 13 septembre, les autorités turques ont procédé à un nouveau coup de filet contre des militants et des personnes liées à la communauté LGBTQ+. Au moins 63 personnes ont été arrêtées, notamment à Istanbul, Ankara et Izmir. L’opération s’inscrit dans une enquête plus large visant 162 personnes, ainsi que plusieurs associations et entreprises. Des sites internet et des comptes de réseaux sociaux liés à la communauté LGBT+ ont également été bloqués.
Les autorités justifient cette offensive au nom de la protection de la famille, des enfants et de l’ordre social. Elle intervient alors que Recep Tayyip Erdogan a fait de la défense de la « famille traditionnelle » un marqueur de plus en plus important de sa politique.
Cette nouvelle opération n’arrive donc pas de nulle part. En Turquie, les marches des fiertés sont interdites à Istanbul depuis 2015. Ces dernières années, les rassemblements ont régulièrement donné lieu à des arrestations et à des affrontements avec la police. En juin dernier encore, des dizaines de personnes ont été interpellées lors d’une nouvelle tentative de marche des fiertés à Istanbul.
Et puis il y a l’affaire Anyma. Le concert du producteur italien, prévu à Istanbul il y a quelques jours, a été annulé après une polémique autour de l’imagerie de son spectacle. Des voix conservatrices ont dénoncé certaines créatures et représentations visuelles du show, allant jusqu’à les qualifier de références « sataniques ». L’autorisation du concert a finalement été retirée.
Pris séparément, ces épisodes pourraient sembler appartenir à des dossiers différents. En réalité, ils racontent quelque chose d’assez cohérent.
Une Turquie de plus en plus conservatrice
Depuis plusieurs années, le pouvoir d’Erdogan assume une ligne de plus en plus conservatrice sur les questions de société. La promotion de la famille traditionnelle, la dénonciation de ce qui est présenté comme une menace pour les valeurs nationales ou morales, et la pression croissante exercée sur les organisations LGBTQ+ occupent une place grandissante dans le discours politique.
Or, lorsque le pouvoir définit ce qui est acceptable en matière de sexualité, de visibilité, de représentation ou de comportement social, il finit mécaniquement par s’intéresser aux lieux où ces comportements existent. Les associations, les manifestations, les réseaux sociaux, mais aussi les bars, les clubs, les concerts, les espaces culturels. Autrement dit : la nuit.
Et c’est là que l’histoire devient particulièrement intéressante lorsqu’on la regarde depuis la culture électronique. Parce que le club n’a jamais été qu’un endroit où l’on danse. La house music est née dans le Chicago des années 1970 et 1980 au sein de communautés noires, latino et LGBTQ+. Des lieux comme The Warehouse, où Frankie Knuckles a joué un rôle fondateur, ne sont pas seulement devenus des temples musicaux : ils étaient aussi des espaces où des personnes marginalisées pouvaient se retrouver et construire leur propre communauté. Même chose à New York avec le Paradise Garage et toute une culture disco et house profondément liée aux scènes queer, noires et latino.
Le terme « safe space » est devenu très courant aujourd’hui, mais l’idée est beaucoup plus ancienne. C’est même inscrit dans l’ADN de la musique électronique. Cette capacité à créer des espaces de liberté fait bel et bien partie de l’histoire de la club culture. Et c’est en cela, en plus de la nécessaire lutte contre les discriminations, que nous sommes solidaires des Turcs/Turques victimes de la répression anti-LGBT+.
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