Censure : Anyma réplique

Publié : 12h00 par Christophe HUBERT

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Censure : Anyma réplique

Jusqu’où va la liberté des artistes ? Cette semaine, c'est le prodige de la mélodic techno Anyma (Matteo Milleri) qui se retrouve au cœur d'un feuilleton géopolitico-numérique !

En résumé : son show pharaonique ÆDEN prévu le 12 septembre à Istanbul a simplement été annulé par les autorités locales. La raison ? Des vagues de contestations sur les réseaux sociaux affirmant que ses visuels futuristes et sombres cacheraient du « satanisme ». Rien que ça. Des robots géants, des ambiances humanoïdes et futuristes, voilà le co-fondateur d'Afterlife comparé direct à l'Antéchrist.

Face à cette tempête, l'artiste n'a pas tardé à répliquer. Dans un communiqué bien affûté, Anyma a tenu à remettre les pendules à l'heure, expliquant que son spectacle est une grande fresque de science-fiction (avec un arc narratif classique : de l'ombre à la lumière, du grabuge à l'apaisement) et surtout... qu'une IA a été utilisée par ses détracteurs pour charcuter, manipuler et sortir ses visuels de leur contexte.

Mais au-delà du drama, posons les vraies questions  :

  • L'art peut-il déranger ?

Oh que oui, et c'est même un peu son job premier ! Depuis la nuit des temps, l'art bouscule, gratte là où ça pique, explore les recoins sombres de l'imaginaire, flirte avec le morbide ou le mystique. Que l'œuvre d'Anyma – avec ses géants de métal et ses visions dystopiques – puisse interroger, perturber ou ne pas plaire à tout le monde, c'est la base absolue du débat culturel. On a le droit de trouver ça trop dark, trop kitsch ou trop perché. Mais questionner n'a jamais voulu dire interdire. D’autant que dans son message l’italien affirme n’avoir a aucun moment été interrogé par les autorités turques sur son œuvre, ses significations.

  • La neutralité des politiques

Ici, le bât blesse. Quand des gouvernances locales cèdent à la panique morale impulsée par trois hashtags indignés sans même chercher à dialoguer ou à demander le contexte, cela peut choquer. La politique, en matière de culture, devrait plutôt endosser le rôle du grand frère sage et neutre, garant du cadre, plutôt que de s'improviser critique d'art sous influence numérique.

  • La liberté artistique

C'est le nœud du problème. Si chaque performance artistique, qu'elle vienne de la techno, du metal ou du théâtre, doit être aseptisée pour ne froisser aucune sensibilité connectée, autant remplacer les DJs par des diffusions de paysages bucoliques. La liberté de création n'est pas une option de luxe : c'est un pilier fondamental. Autant que l’on peut respecter l’indépendance de la Turquie, de ses institutions, de son organisation, on se doit – nous semble-t-il – tenir bon sur la liberté artistique.

Qu’on aime ou pas Anyma, il aurait dû se produire à Istanbul. Pour qu’on puisse l’apprécier ou le critiquer.

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