Spotify va-t-il tuer les remixes ?
Publié : 15h26 par Christophe HUBERT
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Spotify va-t-il tuer les remixes ?
C’est le nouvel épisode de votre série préférée : « I’IA et la musique ». Et il ne va pas forcément plaire aux DJs/producteurs. Spotify et le géant de l’industrie musicale Universal Music (UMG) viennent de signer un nouvel accord. Jusqu'ici, rien de bien trépidant : des cols blancs qui signent des contrats de distribution. Sauf que cette fois, il y a un énorme mouv’.
L'accord intègre officiellement une plateforme technologique permettant de gérer les reprises (covers) et les remixes créés par les fans, le tout dopé à l'intelligence artificielle.
Au lieu de voir les remixes amateurs être supprimés pour violation de droits d'auteur, Spotify va proposer des outils pour que les utilisateurs puissent "jouer" avec les morceaux du catalogue d'UMG. Vous voulez accélérer le dernier tube de Billie Eilish ? C’est oui. Lui coller un beat techno ? C'est oui aussi.
Pendant des années, le remix amateur a été le cauchemar des services juridiques des labels. Un morceau modifié et uploadé par un fan sur une plateforme, c’est de l'argent qui dort (ou plutôt, qui échappe aux artistes originaux et aux producteurs). Les plateformes passaient leur temps à jouer au chat et à la souris pour supprimer ces contenus.
Avec cette alliance, Spotify et UMG transforment le "problème" en cash. Pour UMG : C'est la garantie que chaque fois qu'un fan s'amuse avec une chanson, les revenus publicitaires ou d'abonnements reviennent dans les poches de l'artiste original et du label. Seulement voilà, le remix n’est pas un objet musical comme les autres.
Le remix, enfant illégitime de la scène électro.
Le remix n’a jamais vraiment aimé les règles. De la disco au hip-hop, des bootlegs SoundCloud aux edits techno joués à 4h du matin à Berlin, toute une partie de notre culture musicale repose sur le détournement, le collage et l’appropriation, y compris et surtout sans consentement, partant du principe que la musique est libre. Les meilleurs remixes ne demandent pas la permission : ils apparaissent, circulent, deviennent viraux… puis finissent parfois officiellement validés après coup.
Le problème, c’est que l’industrie musicale déteste les zones floues. Et elle a besoin d’argent. Quitte à se réapproprier le remix, le dompter, le formater et le monétiser.
Le remix "sauvage", purement artisanal et totalement libre, outil de promotion d’un jeune talent par exemple, pourrait en faire les frais. Si vous êtes un DJ amateur qui aime revisiter un classic rap et lui poser une uk bass, l'algorithme de Spotify veillera au grain pour que vous passiez par les outils officiels.
A l’inverse, le remix "bac à sable" devrait connaitre un nouvel essor. C’est la démocratisation totale, pour tous. Plus besoin de savoir caler un tempo sur un logiciel complexe : les outils IA de Spotify permettront à n'importe qui de créer sa propre version d'un titre en trois clics.
Mais si tout le monde peut créer un remix en trois clics, n’est ce pas, justement, la fin du remix tel qu’on le connait. Très certainement. Un espace créatif qui pourrait disparaitre pour devenir rentable. En résumé, Spotify ne va officiellement pas tuer le remix, il va lui donner un pass Navigo, un costume et une carte de fidélité. La découverte d’un talent via cet objet, la revisite flamboyante d’un hit d’il y a 20 ans se fera racheter illico presto.
Quant à vous, sans le demander, vous aurez 450 versions différentes du même morceau, proposées pour vos playlists. L’abondance du streaming quand la création réclame de la rareté.
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