Rone, l’artiste qui parle aux baleines

Publié : 13h14 par Christophe HUBERT

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Crédit : @screen video

Rone, l’artiste qui parle aux baleines

On connaissait l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, on a désormais celui qui parle aux oreilles des baleines. Car oui, elles en ont ! D’ailleurs elles communiquent avec leur environnement, c’est même pour cela que le producteur français Rone a choisi de parler leur langue.

Avec « Megaptera », son premier album en six ans, Rone nous raconte une belle histoire, de ces narratifs très poétiques, captivants.

Tout commence après l’aventure monumentale de « Room with a View », créée avec le collectif (LA)Horde et le Ballet National de Marseille. Rone ressent le besoin de ralentir. Vraiment ralentir. Il s’éloigne donc des studios et des tournées.

Et puis le hasard de la vie ou les petits signes du destin (c’est selon vos croyances…) font surgir des vidéos sur les réseaux sociaux. On y voit des marins en courses solitaires qui écoutent la musique de Rone en pleine mer. Et là — surprise — des baleines. Elles s’approchent, elles tournent. Alors l’idée s’installe, un peu absurde mais terriblement magique : et si ces géants des océans avaient quelque chose à dire à sa musique ? Peut-il instaurer un dialogue ?

Là où certains auraient souri et scrollé, Rone s’arrête. Entre alors en scène Valentin Paoli, documentariste fasciné par les mammifères marins. Ensemble, ils décident de partir les rencontrer, mais sérieusement. Le projet se construit avec des éthologues, bioacousticiens, ingénieurs, associations. Une expédition scientifique autant que musicale ! Idée géniale !

Puis cap sur La Réunion. À bord d’un catamaran, l’équipe passe un mois en mer. Et très vite, l’objectif change. Ce n’est plus attirer les baleines ni les faire réagir, c’est apprendre à se taire et à les écouter, en immergeant de gros micros !

 

De cette expérience naît « Megaptera » — le nom scientifique de la baleine à bosse, et désormais celui d’un album qui ressemble moins à une collection de morceaux qu’à un carnet de bord. 15 pistes comme autant de fragments : excitation, doute, émerveillement. Et cette question qui flotte : que sait-on de cet être qui nous précède de millions d’années ?

Le premier extrait, « La Baleine et le Musicien », vient de sortir. Une pulsation sobre, des nappes électroniques, et surtout — ce cri. Celui d’une baleine, enregistré là-bas. Intégré, transformé, respecté. La musique de Rone ne sample pas, elle dialogue (du moins, elle essaie !).

Le morceau accompagne aussi le film The Whale and the Musician, réalisé par Paoli, qui documente cette aventure un peu folle. Une œuvre à la frontière du documentaire scientifique et de la rêverie sonore.

Ce qui frappe, au fond, ce n’est pas tant l’idée qu’un musicien « parle aux baleines ». C’est qu’il accepte de ne pas être sûr d’être compris. Ni même d’avoir quelque chose à dire. Dans un monde saturé de certitudes et de bruit, « Megaptera » propose autre chose : une écoute. Avec le luxe de prendre son temps.

Sortie du long métrage le 17 juin, en salles. L’album de Rone, lui, est déjà disponible en précommande.


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