Sortir en club à 40, 45 ans : mission (im)possible ?

Publié : 27 janvier 2026 à 6h00 par Christophe HUBERT

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Sortir en club à 40, 45 ans : mission (im)possible ?

C’est factuel : la crise Covid a profondément changé notre relation à la fête. Désormais, elle est protéiforme, elle s’invite partout, en journée comme de nuit. Elle a déserté les clubs (au point de les fragiliser) et s’exprime souvent au format de temples techno où les sons sont durs, où l’envie d’évasion et de communion est forte.

Enfin, ça, c’est ce qu’on m’a dit. Parce qu’après 40, 45 ou 50 ans, la fête électro tient du joyeux souvenir. Faut dire que les musiques électroniques font de l’âgisme un principe presque fondateur. Si les DJs stars, ceux de la première génération, sont quinquagénaires, ils jouent tous devant des foules jeunes, très jeunes. L’électro exclut les « anciens », dans le sens où le club, territoire de prédilection des DJs, n’est pas franchement fait pour eux. Pour nous.

Mon passé nocturne est fait d’une avalanche de soirées house, plusieurs par week-end, et si l’arrêt fut brutal, c’est parce que j’en avais assez de ce rituel, des rencontres un peu stéréotypées, des discussions un peu trop copiées-collées. Mais je n’avais pas intégré que l’arrêt serait quasi définitif. Passer 40 ans, c’est autant le club qui vous boycotte que vous qui prenez peur à y retourner !

Sortir après 40 ans…

Mais tentons l'expérience, même si, plus vieux, on voit d’un autre regard le biorythme du fêtard : warm-up à 23h, il faut attendre minuit et demi, voire 1h, pour que la soirée démarre enfin. 3h pour qu’on s’y sente bien. Passer 40 ans, c’est faisable. Faut juste se prévoir deux siestes dans la journée et de la vitamine C !

Ensuite, plusieurs options de soirées :

  • La grand-messe techno ou eurodance délurée ? Oubliez. Dans le meilleur des cas, avec 20/30 ans de plus que la moyenne, vous passerez pour la version futuriste d’une partie du public qui vous regardera, hautain et amusé, avec l’idée que vous êtes une sombre prophétie : « le daron là, c’est toi si tu n’arrêtes pas de boire en soirées… ». Dans le pire des cas, on fera de vous un pervers en puissance, accusé de vouloir draguer une jeunesse bien au-dessus de vos moyens !
  • Les soirées adultes, typiquement ces DJ sets qu’on retrouve dans des bars ou restaurants chics et friqués de la capitale et d’ailleurs. Pourquoi pas. Mais là, c’est le regard de clients fortunés que vous devrez gérer, ces gloussements perçus quand vous sortirez une pauvre carte Visa à la place de la black card. Pour être franc, on finira vite par se demander si on est là collectivement pour la musique ou juste pour une démonstration sociale un peu ridicule. Et on connaît la réponse.
  • Le client bouteille et le carré VIP. Là, pas de question d’âge. Faut juste en avoir les moyens, aimer la compagnie de ce monsieur au fort accent russe, entouré (espérons-le) de sa fille et de ses amies. Ou le groupe d’amis venus en masse, 10 sur une bouteille que papa a eu le bon goût de réserver avec la black card citée plus haut. La perspective n’est pas folle…

Des lieux à inventer

Le problème, voyez-vous, c’est que l’électro ne prévoit pas VRAIMENT de lieux de fête pour les quadras ou les quinquas, à part peut-être les festivals. Ou alors, pas suffisamment convaincants pour franchir le pas, oser braver cet interdit culturel qui dit qu’après un certain âge, on ne sait plus danser, on n’a plus le sens du rythme, ni l’envie d’envoyer valser une vie sérieuse et trop cadrée. Ce qu’il faudrait, ce sont des clubs où l’on peut danser, transpirer et se sentir vivant sans être regardé comme un spécimen étrange, sans avoir la sensation d’être de l’autre côté du miroir. Même au prix d’un RTT pris pour cause de courbatures ou de douleurs lombaires !

Ce qui serait génial, ce serait de pouvoir répondre à l’appel de la fête à tout âge, pour mieux la réinventer. À 40, 45 ou 50 ans, on y apporterait de la nostalgie, de l’envie coupable, moins d’excès sûrement, mais tout autant de passion musicale et d’envie de partager, en liberté. Pas forcément pour se sentir « encore » jeune, mais pour se convaincre que oui, on peut s’autoriser à s’amuser. Être soi pour être bien, avec les autres, exactement la promesse de la club culture.

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