Mokado : la bonne surprise du début d'année

Publié : 13 janvier 2026 à 17h27 par Christophe HUBERT

Mokado
Mokado
Crédit : @Noji

Plutôt que de jalouser la scène anglaise, mieux vaut s’en inspirer. Ainsi parle le sage Mokado, DJ et producteur français qui vient de sortir son nouvel album, Where Does The Night Go ?, belle surprise de ce début d’année.

Si l’artiste feint de se poser la question – Où va la nuit ? –, l’album en apporte une myriade de réponses. Car en rendant hommage à la scène électro anglaise, à sa puissance, sa créativité, son humanité, Mokado nous donne de nombreuses lignes de fuite pour choisir notre nuit. Elle peut se montrer puissante, intense, pesante. Elle peut s’accrocher un sourire béat. Elle peut se nourrir d’une forme de rébellion, de bouillonnement intérieur. Elle peut aussi être détachée ou plus cérébrale.

Avec Where Does The Night Go ?, Mokado vous rend un fier service. Celui d’encapsuler, en un seul album, une vitrine de ce qui se fait de mieux en matière d’électro anglaise. Les sonorités valsent, s’épuisent et s’enlacent — UK garage, house, breakbeat, textures urbaines. Les émotions se conjuguent, se toisent, se repoussent : on passe d’un lâcher-prise entre potes à une évasion en solitaire, on aime et on s’agace. Bref, la palette exquise des producteurs anglais, habitués qu’ils sont à mettre en fête tout ce qui bouge et à décliner des propositions complémentaires, toujours audacieuses, de Fred Again à Overmono, de Jamie XX à Pawsa.

Leur credo : tout est bon dans le son, et si cela a déjà été fait, il faut faire autre chose. Une capacité de renouvellement qu’épouse d’ailleurs Mokado qui, dans ses précédents albums, affichait un univers plus mélodic, plus chill. Est-ce que la nuit anglaise l’a transformé ? Est-ce que le virus a mis du temps à infuser ? Il faudra lui poser la question !

Reste que son nouvel album capte avec intelligence ce qui fait la force de la scène britannique : sa capacité à mélanger les genres, à faire dialoguer l’underground et le mainstream, à transformer des sons bruts, voire arides, en machines à émotions. On note aussi le bon goût qu’a Mokado de distiller des clins d’œil à certains producteurs britanniques. À mi-chemin entre ce qu’on sent être un véritable amour du son anglais et une démarche assumée de producteur français, Mokado nous rappelle le génie de Boston Bun, équilibriste en la matière. Mokado s’inscrit dans cette transmission autant que dans une volonté d’aspirer le meilleur des deux mondes.

Et le producteur a tout prévu puisque, tant qu’à raconter la nuit anglaise, il décline un album où chaque morceau a une heure, une fonction (avant le club, pendant la soirée, au petit matin, etc.), prétexte génial pour explorer une palette de saveurs et d’énergies. En somme, vous ne savez pas où vous voulez faire la fête, mais Mokado vous y conduit. Avançant masqué, on ne sait pas si les folles nuits britanniques, les DJs sets mémorables ont eu un impact sur son visage, si ils ont creusé ses cernes. Son album, lui, devrait creuser les vôtres, à coups de nuits blanches.

 

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