Eric Prydz, Tale Of Us… que nous racontent les nouveaux lives électro ?

25 avril 2023 à 13h11 par Christophe HUBERT

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Crédit : @screen video

Eric Prydz, Tale Of Us… que nous racontent les nouveaux lives électro ?

Eric Prydz, Tale Of Us… pas une semaine sans que les shows gigantesques de ces artistes n’investissent les réseaux sociaux, encore dernièrement à Coachella. Car les voir en live, c’est d’abord l’assurance de se retrouver au cœur d’une forêt de téléphones portables, prêts à tout capter, quitte d’ailleurs à ne rien capter… du message envoyé par l’artiste.

De nouveaux lives qui interrogent sur le métier de DJ en 2023, sur les attentes du public et qui en disent long sur les questionnements de notre époque. Car Eric Prydz, Tale Of Us ont bossé leurs shows, pas seulement musicalement ou visuellement, il y a toute une histoire, un lore qui résonne avec les propres interrogations de l’artiste autant qu’avec nos contradictions.

Prenons le cas d’Eric Prydz et de son concert « Holo ». Bien sûr, il s’agit de nous en mettre plein les yeux avec un dispositif d’écrans géants, jouant de la 3D et des technologies holographiques pour créer des ambiances définitivement immersives. Un show futuriste, spatial mais rapidement, la vie devient machine, la planète, inexistante, dans une fuite vers l’ailleurs qu’Eric Prydz imagine dans l’espace. Et ça marche ! Le public est captivé, ébahi, satisfait qu’on l’emmène dans un futur - format « no future » -, sorte de Mad Max du riche avec Elon Musk dans le rôle de Mel Gibson ! Et c’est intéressant de voir que le DJ anglais - qui n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de live nouvelle génération – puisse proposer un show ainsi déshumanisé.

Déshumanisé, vraiment ? Non car la démonstration de force visuelle est plus maline quand surgit un énorme smartphone filmant le public, dans un effet miroir qui ne manque pas de nous interroger. Ou ce personnage qu’on dirait sorti du jeu « Half Life » qui nous scrute, nous, masse dansante qui vit le moment par écran interposé, avant qu’une armée virtuelle nous fasse disparaitre en nous mitraillant de fumée. Finito l'être humain, la machine a remporté le combat.

 

Du côté de Tale Of Us (ou d’Anyma seul), même constat : la machine a remplacé l’homme. Elle devait l’épauler, l’aider, alléger sa charge, elle l’a supplanté. Le duo italien va même plus loin avec un show qui flirte avec le transhumanisme – autre délire de notre époque. Un univers qui n’est pas sans rappeler le jeu vidéo « Detroit : Become Human » où la machine se dote de conscience et exige sa liberté. Il y a clairement de cela dans le concert de Tale Of Us, quand le personnage s'arrache de ses « chaînes », frappant l’écran géant pour le briser (et au passage, nous réveiller voire nous menacer), en vain. L’avenir rêvé de Tale Of Us est peut-être de voir la machine passer de l’autre côté.

La méta transhumaniste a d’ailleurs été bossée avec l’artiste Alessio De Vecchi dont le travail ne cesse de vouloir donner vie à ce qui n’en a pas… oubliant l’humain, la planète. Là encore, le public en redemande tant le show est majestueux, sublime, bien servi par une musique au top.

 

Une projection futuriste déshumanisée, angoissée

Reste qu’il est frappant de voir les deux plus gros shows électro du moment, nous livrer une vision futuriste, débarrassée de l’Homme. Comme si la crise Covid d’un côté, la catastrophe climatique de l’autre, avait fait naître chez les artistes et leur public, un sentiment de fragilité tel que se projeter dans un monde alternatif (celui de la fête, de la musique) se fait naturellement en nous oubliant nous-mêmes. Sortir faire la fête, se retrouver entre amis, vivre des émotions, d’accord, mais on s’évade dans un corps virtuel, digitalisé, celui en chair et en os, on le laisse ici-bas.

L’avenir n’a pas toujours été vu de cette façon. Tenez, les années 80 revenant à la mode, on y rêvait de conquête spatiale, de rencontres du 3e type, d’exploration sous-marine, de Retour vers le Futur… mais l’Homme était du voyage, pas la machine ! Peut-être que les concerts électro sont le miroir de nos traumatismes de l’époque, de nos angoisses collectives, peut-être pas. Toujours est-il qu’ils se jouent à guichets fermés et s'étalent sur Youtube, Tik Tok ou Instagram, c’est donc qu’ils comblent un vide. Sidéral ?

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