David Guetta et Black Coffee discutent de leur vie de DJ…

Publié : 14h48 par Christophe Hubert

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David Guetta et Black Coffee discutent de leur vie de DJ…

C’est une discussion, comme savent bien les organiser nos confrères anglais de DJ Mag. Cette fois, entre Black Coffee et David Guetta venus initialement parler d’Ibiza. Moins qu’un exercice de promo, la conversation vire à la confession entre deux artistes. On vous traduit !

Dès les premières minutes, les deux DJs parlent de leur rapport à Ibiza et à la scène club. Ce qui frappe immédiatement, c’est qu’aucun des deux ne parle vraiment de prestige ou d’argent. Ils parlent surtout d’énergie humaine. David Guetta explique qu’il trouve quelque chose de “très sexy” dans les soirées où les gens sont proches les uns des autres :

« Il y a quelque chose de très sexy dans ta soirée et dans le fait que tout le monde soit si proche. Ça ramène à la magie du début. »

Cette phrase résume une idée centrale de l’interview : malgré leurs carrières gigantesques, ils restent attachés à l’esprit originel du clubbing, celui d’une connexion intime entre le DJ et le dancefloor. Black Coffee explique même qu’il s’est toujours vu comme un “small club DJ”, un DJ de petits clubs.

Ce rapport à la proximité devient presque une résistance face à l’industrie des énormes productions. Même lorsqu’ils jouent devant des dizaines de milliers de personnes, ils cherchent encore cette sensation d’échange direct avec le public.

Très vite, la conversation devient plus personnelle. Black Coffee évoque sa difficulté à vivre avec la célébrité. Il raconte qu’il aime profondément les choses simples : marcher dans Paris avec sa compagne, prendre un Uber, vivre sans sécurité ni entourage : « Parfois je sais que je suis célèbre… et parfois je ne veux pas l’être. »

Cette phrase est importante parce qu’elle révèle le décalage permanent entre l’image publique et le besoin de normalité. Il explique qu’il n’aime pas particulièrement le mode de vie ultra-VIP souvent associé aux DJs stars. Derrière l’image du performer mondial, il y a quelqu’un qui cherche encore une vie “normale”. Pour David Guetta, ce n’est pas “la célébrité” en tant que sujet émotionnel (comme Black Coffee), mais plutôt ses effets pratiques sur la musique et la performance qu’il interroge.

Un des grands sujets de l’entretien concerne ensuite les sets préenregistrés, sujet extrêmement polémique dans la culture DJ. Black Coffee prend une position très honnête et assumée : oui, certains de ses shows ont été préenregistrés. Mais il explique précisément pourquoi. Il raconte notamment un concert gigantesque dans un stade avec un orchestre de 24 musiciens :

« La production était tellement énorme… avec des chanteurs, un orchestre, des lumières synchronisées… qu’on devait préenregistrer le set. »

Son argument est simple : dans certains spectacles, le DJ n’est plus seulement un DJ, il devient le centre d’une œuvre scénique complexe où tout doit être parfaitement synchronisé. Il ajoute : « Le public ne va pas dire : “Ah, je savais que le set était préenregistré.” Ils vont dire : “Le show était incroyable.” »

Pour lui, l’essentiel reste l’émotion produite. Il critique le purisme technique de certains fans ou DJs : « Les gens sont obsédés par les détails techniques… mais souvent ce sont des gens qui ne font pas ce qu’on fait. »

David Guetta comprend cette logique mais nuance davantage. Selon lui, la force du DJing reste l’improvisation « Ce qui nous rend forts, c’est aussi de lire la foule. »

Il rappelle qu’un DJ peut changer totalement de direction selon l’énergie du public, contrairement à un groupe ou à un orchestre. Les deux artistes ne pensent donc pas exactement pareil, mais ce désaccord nourrit la discussion plutôt qu’il ne l’oppose.

L’entretien devient ensuite une réflexion sur l’innovation artistique et la critique. Black Coffee raconte son parcours dans une école de jazz où il était vu comme un outsider parce qu’il amenait de la house music et des platines dans un univers très académique.

« J’étais le premier étudiant à venir avec des platines et à jouer de la house music. »

À l’époque, la house était considérée comme une musique “inférieure” dans cet environnement. Cette expérience lui a appris très tôt que toute innovation implique une forme de rejet « Tout ce qui est important artistiquement vient de quelqu’un qui a pris un risque. »

David Guetta développe exactement la même idée. Il explique qu’il s’est tourné vers la dance music parce qu’il refusait justement les formules répétitives du genre « Je voulais ressentir quelque chose. Je voulais être aventureux. »

Les deux hommes insistent sur le fait que les artistes qui changent une culture sont presque toujours critiqués par leur propre communauté avant d’être reconnus. Cette question de la critique devient très personnelle lorsqu’ils parlent de haine sur internet et de réactions du public. Guetta raconte qu’au moment de son explosion mondiale, il recevait simultanément énormément d’amour et énormément de haine.

Black Coffee lui aussi répond avec beaucoup de sincérité, il explique qu’au début, chaque commentaire négatif l’atteignait profondément « Quand quelqu’un disait quelque chose, j’avais l’impression qu’il me parlait directement. ». Il raconte avoir dû apprendre à se protéger mentalement.

Cette partie montre bien que derrière l’image de confiance des DJs stars, il existe une vraie fragilité psychologique.

L’un des passages les plus puissants de toute l’interview concerne l’identité africaine et la manière dont l’industrie musicale traite les artistes africains. Black Coffee parle longuement de son expérience aux BET Awards. Il critique le fait que les artistes africains soient enfermés dans des catégories séparées : « Pourquoi créer une sous-catégorie pour les Africains ? »

Et il raconte une expérience humiliante : les artistes africains recevaient leurs prix dans une salle secondaire pendant que la cérémonie principale se déroulait ailleurs, ajoutant : « Je viens d’un continent du “better than nothing”. Je suis fatigué de cette phrase. »

Cette phrase résume toute sa pensée politique et culturelle. Il refuse d’être traité comme une exception exotique ou une catégorie spéciale. Il veut être considéré simplement comme un artiste mondial, déclarant notamment « Quand vous programmez Louie Vega, vous ne mettez pas des symboles latinos partout. »

Vers la fin, l’entretien devient presque mélancolique. Les deux hommes parlent de la fatigue du voyage, des difficultés relationnelles, de la santé mentale et physique. David Guetta résume cela très simplement « Peu importe qui tu es, les gens n’imaginent pas. » Derrière le glamour du métier, ils décrivent une vie instable, épuisante, où il est difficile d’avoir une famille, une routine ou même un équilibre psychologique. 

Enfin, la conclusion revient à l’ambition artistique. Black Coffee dit quelque chose de marquant : « Je suis prêt pour mon moment “Titanium”. Mon “Thriller”. » C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Au fond, cette interview parle surtout de liberté. Liberté artistique, liberté culturelle, liberté identitaire. Black Coffee et David Guetta défendent tous les deux l’idée qu’un artiste important est quelqu’un qui accepte d’être incompris pendant un temps pour pouvoir ouvrir une nouvelle voie.

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